Je suis né en 1170, dans le château que mes ancêtres avaient bâti sur le bord du causse de Cézac, au milieu de cette vallée qui tire son nom du lin qui y était cultivé et dont la générosité et le débit des sources comme la Canal, en permettaient l’industrie.

Notre vallée du lendou est magnifique, bien plus belle que sa riche et prétentieuse voisine de la barguelonne. Le matin le soleil l’envahit progressivement depuis Lhospitalet jusqu’à Lascabannes. Il réveille dans sa progression toutes les bâtisses accrochées à ses flancs, Rigambert, Cabazac, La Tauche, Auzonne, Prat Mégiés, Trélafont, l’église de Cézac et enfin Belcastel, m’autorisant ainsi chaque matin, depuis plus de huit siècles que dure la malédiction qui a fait de moi un fantôme, à regagner le souterrain pour me reposer parmi les « tataragnes (1) » et les « mirguettes (2) » qui l’habitent. Le soir, il assombrit Lascabanes, caresse Marot puis Clément qui lui fait face, s’attarde un peu plus longuement sur la façade est-ouest de Bonnac et éteint les hauteurs de Belcastel, me contraignant ainsi à une nouvelle nuit d’errance parmi les genièvriers les chênes et les « pétarelles (3) » de notre quercy blanc.

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